De l'enregistrement Au Salon de Nina

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Paroles


Quand mai fait fleurir les bois et les âmes
On s'en va par deux cueillir le muguet;
Les blonds amoureux, les rieuses femmes
Ecoutent chanter le chardonneret.
Quand j'avais seize ans, sur la verte mousse,
J'allais pour chercher, printanier régal,
Le fruit rougissant à la senteur douce,
Du fraisier des bois, roi de floréal.

Plus tard, le soleil est plus chaud encore,
La rose flamboye, et plus savoureux,
Sous les espaliers le fruit qui se dore
Répand des parfums lourds et capiteux.
Mes dents de vingt ans, aux blancheurs exquises,
Mordaient en riant d'un beau rire clair
Et se rougissaient au sang des cerises.
Que juillet est gai dans le grand bois vert!

Mais l'Automne vient; la feuille et la mousse
Ont des tons dorés, les soleils couchants
Gardent des splendeurs. C'est la saison rousse
Le raisin mûrit pour les vins grisants.
Car c'est le moment des longues agapes.
Pour revivre encore, if faut s'étourdir,
Et, languissamment, je mords dans les grappes.
Le bonheur n'est plus. Cherchons le plaisir.
L'hiver est venu; plus d'oiseau qui chante,
Plus de nids joyeux, de jeunes amours.
On entend siffler la bise méchante.
Le ciel est ouaté de nuages lourds.
Auprés du ruisseau tout glace qu'irise
Le dernier rayon d'un pâle soleil,
Je ne trouve plus que la nèfle grise,
Fruit meurtri, fruit mort à mon coeur pareil.

(Nina de Caillas)