De l'enregistrement Milli chante Aragon
Paroles
Cela débuta d’une façon très naturelle
Dans un bordel de la rue de l’Echaudé Saint-Germain
Un fantaisiste était venu brûler ses lettres d’amour
La maçonnerie étant ancienne le feu
Prit à la cheminée Un cordon de flics
Barra la rue et
Devant le Palace Hôtel un taxi s’agenouilla
Ainsi recommença parmi les rouges G7
Le culte aboli de Zoroastre
En plein coeur de Paris
Beauté des sacrifices humains sur les trottoirs de la capitale
Ce n'est qu'à l'aurore aux doigts incertains
Que les grands phallus s'éveillèrent
Rassemblement Place Vendôme
La colonne prit la tête de la procession
Elle débaucha les clochers des églises
Dont les couilles se mirent à sonner
Ce fut une belle promenade
Au cours de laquelle tous les ordinaires
Salueurs de drapeaux furent obligés de se découvrir
Une belle promenade
À laquelle se joignirent les véritables désespérés
Une promenade de plusieurs jours
Entre les immeubles neufs les cafés les berges de la Seine
Les maisons leur jetaient des fleurs enflammées
Arrachées à leurs fronts
Mon beau Paris dit la colonne
Tu as le sens irremplaçable de l'amour
Les échos tous les échos lui répondaient
Des chansons sortaient de la bouche des égouts
D'Aubervilliers de Pantin des Lilas
De Malakoff et de Bicêtre venaient des clameurs
Poussées par les fumées
Et les voitures maraîchères entassées dans les Avenues de
l'ouest
Lançaient par manière de plaisanterie
Des carottes aux vieilles prudes du seizième
Et du dix-septième arrondissement
Mais le plus beau moment ce fut lorsqu'entre
Ses jambes de fer écartées
La Tour Eiffel fit voir un sexe féminin
Qu'on ne lui soupçonnait guère
(Louis Aragon)
