De l'enregistrement L'élixir de l'esprit (New Poetry Pops 26)
Paroles
La terre qu'on abandonne se couvre d'herbes folles,
Fertile dans le vide, sauvage et sans but —
Ainsi l'esprit sans bride invente et se désole,
Enfantant des chimères dans un chaos têtu.
Je croyais qu'en me taisant, en rentrant chez moi,
Mon âme enfin posée saurait se recueillir,
Qu'un homme vieillissant, plus lourd dans ses emplois,
Trouverait dans le calme un art de s'appartenir.
Mais voilà qu'elle part — cavale échappée —
Plus loin, plus vite encore que pour servir autrui,
Sur l'eau tremblante où glisse une lumière brisée,
Partout et nulle part, fantôme dans la nuit.
Quisquis ubique habitat, nusquam habitat —
Qui habite partout n'habite nulle part.
L'âme sans ancre flotte, se bat, se fracassa
Contre les murs du vague et les portes du hasard.
Alors j'ai pris la plume, non pour me défendre,
Mais pour fixer sur page ces monstres que je vois —
Les mettre en ordre, en rôle, pour mieux les comprendre,
Ou du moins leur donner honte de moi.
