De l'enregistrement François Rabelais
Paroles
Il s’éveille, vêtu de lumière et de savoir,
Peigné, parfumé, prêt à s’éveiller.
On lui murmure les leçons d’hier,
Qu’il récite, les yeux clairs, sans rien oublier.
Les mots dansent, s’animent, deviennent chair,
Exemples vivants de l’humaine misère ou prière.
Deux heures, trois heures… jusqu’à ce que le corps,
Habillé de soie et d’ardeur, trouve son essor.
Puis vient la voix des livres, trois heures durant,
Où l’esprit s’abreuve à la source du temps.
Ils sortent ensuite, libres, légers, joyeux,
Jouant à la balle, au ballon joyeux.
Le sport est leur prière, leur art, leur combat,
Où le corps s’exerce comme l’âme en ébat.
Ils abandonnent la partie quand bon leur semble,
Quand la sueur perle ou que la fatigue assemble.
Essuyés, changés, ils marchent, lents, sereins,
Récitant à voix haute les vers anciens.
L’appétit survient, juste à point nommé,
Et les voilà attablés, le repas commencé.
On lit d’abord une histoire ancienne,
Jusqu’à ce que le vin coule, doux et serein.
Puis on débat des mets, de leur saveur, de leur force,
Du pain, du sel, du fruit, de la racine qui s’efforce.
Gargantua écoute, retient, assimile tout,
Pline, Galien, Aristote en son esprit bout.
Il sait plus que les médecins de son époque,
Leur science n’est qu’ombre de sa flamme qui s’épanche.
Après, on parle des leçons du matin,
Des nombres, des cartes, des jeux de l’esprit fin.
L’arithmétique devient son jeu préféré,
Plus doux que les dés, plus pur que l’éther.
Tunstal l’Anglais, émerveillé, avoue son effroi :
« Gargantua sait plus que tout ce que j’ai moi ! »
Géométrie, musique, astronomie,
Tout se plie à son génie, à sa curiosité.
Puis viennent les instruments, les chants à plusieurs voix,
Le luth, la harpe, la flûte… les doigts sont si adroits.
Et quand la digestion achève son œuvre,
Il étudie encore, penché sur les livres.
L’écuyer Gymnaste l’attend, prêt pour l’exploit,
La lance, l’épée, la hache, le droit.
Il monte à cru, voltige, saute, frappe, transperce,
Un arbre, une porte, une armure qui perce.
La chevalerie est son second alphabet,
Il dompte les chevaux, les armes, leinet.
Pas de vaines parades, mais l’art véritable,
Celui qui fait plier l’ennemi sous la lance invincible.
Ainsi passe sa journée, entre savoir et effort,
Entre le livre et l’épée, entre l’esprit et le corps.
Rien n’est laissé au hasard, tout est jeu, tout est flamme,
Et Gargantua grandit, immense, sous le ciel qui l’enflamme.
(d'après François Rabelais, Josy Peschon)
