De l'enregistrement François Rabelais
Paroles
Il danse dans l’onde, fluide et souverain,
Nageant à l’envers, à l’endroit, comme un dauphin.
La Seine est son royaume, il la traverse en vainqueur,
Livre en main, manteau traîné par les dents, fier.
D’un bond, il s’élance, monte en un bateau,
Le dirige, le mène, au gré de l’eau qui chante.
Plonge, sonde les abîmes, explore les rocs,
Fouille les gouffres sombres, défie les flots.
Il grimpe aux mâts, hisse les voiles, tend les boulines,
Gouverne d’une main, ferraille de l’autre, s’incline.
Puis il bondit hors de l’onde, escalade la montagne,
En dévale les pentes comme un torrent qui gagne.
Il grimpe aux arbres, saute de branche en branche,
Abat les troncs puissants d’un coup de sa hanche.
Avec deux poignards, il escalade les murs,
Sauterelle invincible, il défie les hauteurs.
Il lance le javelot, l’épieu, la hallebarde,
Bande l’arc, tend l’arbalète, tire au loin, sans regard.
Canon, arquebuse, il manie l’artillerie,
Tire en tous sens, comme les Parthes en furie.
On tend un câble haut, il y grimpe à deux mains,
Redescend en un éclair, plus vif que le vent.
Une perche entre deux arbres, il s’y balance,
Vif comme l’éclair, insaisissable en cadence.
Sa voix tonne, éclate, porte jusqu’à Montmartre,
Plus forte que Stentor, plus claire que l’éclair.
Pour ses muscles, il soulève des saumons de plomb,
Huit mille sept cents quintaux — force de titan !
Il joue aux barres, défie les plus forts,
Reste immobile, défiant leurs efforts.
Une grenade en main, il la tend à ses pairs :
« Essayez donc de l’arracher ! » — défi sans désespoir.
Puis il revient, essuyé, vêtu de neuf,
Par les prés, les herbages, il herborise en chef.
Théophraste, Pline, Dioscoride en main,
Il dissèque les plantes, en savant souverain.
Le dîner est léger, frugal comme il se doit,
Mais le souper est festin, où tout ce qui vit
Sert à nourrir son corps, temple de sa force,
Car la vraie sagesse est de suivre la saine écorce.
(d'après François Rabelais, Josy Peschon)
